Environnement

À DJOLU, LIKONDA LE BONOBO QUI A FRANCHI LA FRONTIÈRE ENTRE LA FORÊT ET LE VILLAGE

À DJOLU, LIKONDA LE BONOBO QUI A FRANCHI LA FRONTIÈRE ENTRE LA FORÊT ET LE VILLAGE
Tshuapa — Tout a commencé par une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. On y apercevait un bonobo sauvage à proximité d’un village du territoire de Djolu, dans la province de la Tshuapa. Une scène inhabituelle qui a rapidement suscité l’inquiétude des habitants et l’appel à une intervention des organisations de conservation et des autorités.

Alertée par ces images, Conserv Congo a entrepris des démarches pour comprendre les circonstances de cette présence inhabituelle. Une mission conjointe a ensuite été organisée avec la participation des autorités environnementales, de représentants de l’État, de la société civile, des acteurs locaux de la conservation, des autorités traditionnelles et de la communauté.

Image après l'introduction


L’objectif n’était pas de capturer l’animal à tout prix. Il s’agissait avant tout de comprendre. Comment un bonobo sauvage a-t-il pu se retrouver aussi proche des habitations ? Quels risques cette proximité représente-t-elle pour l’animal et pour les populations ? Quel comportement adopte-t-il ? Et surtout, quelle réponse durable peut être envisagée ?

DE LA PEUR À UNE ÉTRANGE FAMILIARITÉ

Les témoignages recueillis auprès de la famille qui a été au cœur des premières rencontres rendent l’histoire particulièrement singulière.

Les premiers contacts auraient eu lieu dans les environs des champs agricoles de la famille, en pleine forêt. Dans un premier temps, la présence du bonobo provoquait de la peur. Une situation s’est notamment produite alors que le père de famille était absent : l’animal s’était approché de l’endroit où se trouvaient sa femme et ses enfants. Craignant pour leur sécurité, la mère avait protégé ses enfants en attendant le retour de son mari.

À son retour, le bonobo était toujours dans les environs.

Un chasseur expérimenté fut alors sollicité pour éloigner l’animal. Mais ce qui devait être une simple intervention pour faire repartir le bonobo vers la forêt allait progressivement prendre une tournure inattendue.

Au fil du temps, l’animal a développé une étonnante tolérance envers le chasseur et certains membres de sa famille. Lorsque ceux-ci se sont dirigés vers le village, le bonobo les a suivis, malgré leurs tentatives pour l’inciter à rester dans la forêt.

Son arrivée dans le village a naturellement suscité la crainte. La population n’était pas habituée à voir un bonobo sauvage s’approcher aussi près des habitations.

Pourtant, l’animal est resté calme.

La communauté lui a alors donné un nom : Likonda, celui du village devenu le théâtre de cette rencontre exceptionnelle.

UN BONOBO QUI RÉPOND À L’APPEL

L’un des éléments les plus surprenants rapportés au cours de la mission concerne le comportement de Likonda.

Le bonobo continue de fréquenter la forêt et peut disparaître pendant plusieurs jours avant de revenir. Selon les témoignages recueillis, l’homme avec lequel il a développé la relation la plus étroite serait capable de l’appeler depuis la forêt. À plusieurs reprises, Likonda aurait répondu à cet appel avant de s’approcher.

Les membres de la mission ont eux-mêmes pu observer une partie de ce comportement.

Un matin, Likonda était absent du village. Accompagnée de personnes connaissant ses déplacements, l’équipe s’est aventurée dans la forêt. Les habitants ont appelé l’animal.

Après un certain temps, Likonda est apparu.

Aucune capture. Aucun dispositif de contrainte. L’approche a reposé sur l’observation et la documentation, en laissant à l’animal la possibilité de se déplacer librement.

Cette précaution est importante. La familiarité apparente d’un animal sauvage avec les humains ne signifie pas nécessairement qu’il est domestiqué ou qu’il est sans danger. Elle constitue plutôt un comportement inhabituel qui mérite d’être étudié avec prudence.

AU-DELÀ DE LIKONDA, UNE QUESTION DE CONSERVATION

L’histoire de Likonda dépasse donc largement celle d’un bonobo devenu familier avec une famille humaine.

Elle soulève plusieurs questions scientifiques essentielles.

Pourquoi cet animal sauvage tolère-t-il une proximité aussi importante avec les humains ? Où se trouve son groupe ? S’est-il momentanément séparé de celui-ci ? Est-il isolé ? Ou existe-t-il des interactions plus complexes avec d’autres bonobos dans la région ?

Les réponses restent à établir.

Les informations recueillies sur le terrain indiquent toutefois que d’autres groupes de bonobos sont présents dans le paysage de Djolu et ses environs. Dans certaines zones, la proximité croissante entre les populations humaines et les habitats de la faune sauvage pourrait favoriser davantage de rencontres de ce type.

Le cas de Likonda pourrait ainsi être le signe visible d’une problématique plus large : l’évolution des relations entre les communautés humaines et les grands singes dans les paysages forestiers de la Tshuapa.

PROTÉGER LE BONOBO, MAIS AUSSI LES COMMUNAUTÉS

Pour les acteurs locaux rencontrés au cours de la mission, la conservation ne peut être pensée uniquement autour de la protection de l’animal.

Les communautés qui vivent dans et autour des forêts doivent également être prises en compte.

Des responsables locaux ont notamment évoqué la possibilité de mettre en place une aire de conservation bénéficiant d’un véritable soutien communautaire. Une telle approche pourrait contribuer à préserver la biodiversité tout en favorisant les moyens de subsistance, l’emploi, la recherche scientifique, le tourisme et le développement local.

Cette vision rejoint un principe désormais central de nombreuses approches de conservation : la protection durable des espèces ne peut être dissociée des réalités économiques et sociales des populations riveraines.

La mission a également été l’occasion de sensibiliser les habitants à la protection juridique des bonobos, à la législation relative à la faune sauvage et à la nécessité de prévenir la chasse, le trafic d’animaux sauvages et les conflits entre humains et faune.

UNE NOUVELLE ÉTAPE POUR DJOLU

Pour Conserv Congo, l’histoire ne s’arrête pas avec cette mission.

Un suivi régulier de Likonda apparaît nécessaire, tout comme une meilleure connaissance des autres populations de bonobos présentes dans le paysage. Des observations de terrain, le recours éventuel à des pièges photographiques, l’étude de l’habitat et l’évaluation des pressions humaines pourraient contribuer à mieux comprendre la situation.

L’enjeu est également de déterminer si le cas de Likonda constitue un phénomène exceptionnel ou s’il révèle une tendance plus large dans cette partie de la Tshuapa.

Une chose paraît toutefois acquise : la conservation ne pourra pas se limiter à sauver un seul animal.

Elle devra chercher à préserver les habitats, comprendre les populations de bonobos, réduire les pressions humaines et construire une relation durable entre les communautés et leur environnement.

LIKONDA, UN MESSAGE POUR L’AVENIR

L’histoire de Likonda raconte finalement beaucoup plus qu’une rencontre insolite entre un homme et un bonobo.

Elle révèle la complexité des rapports entre l’être humain et la faune sauvage dans un paysage où les deux partagent de plus en plus les mêmes espaces.

À Djolu, la peur initiale semble progressivement avoir laissé place à la curiosité, puis à une forme de coexistence. Mais cette proximité doit être accompagnée de connaissances scientifiques, de sensibilisation et de règles claires pour éviter qu’une relation inhabituelle ne se transforme un jour en conflit.

Likonda est devenu un symbole. Celui d’un bonobo qui a rapproché une communauté de la question de la conservation, mais aussi celui d’un territoire qui doit désormais réfléchir à son avenir.

Pour les acteurs de la conservation, le véritable défi commence maintenant : transformer cette rencontre exceptionnelle en une occasion de mieux comprendre les bonobos, de protéger les forêts de Djolu et de construire, avec les communautés locales, un modèle de conservation capable de durer.

À Djolu, l’histoire d’un seul bonobo pourrait ainsi ouvrir un nouveau chapitre pour la conservation de toute une forêt.

Serge GATA-Green Impact Média 

Commentaires et likes

Akongo Ntshikala Christophe

C'est très magnifique de l'ONG APPACOL -PRN conserv Congo d'être sur place.