Pêche et élevage

RDC : la pêche durable, clé pour nourrir et exporter

RDC : la pêche durable, clé pour nourrir et exporter
Dans un pays traversé par des fleuves majestueux et des rivières abondantes, il est paradoxal de constater que la pêche reste une activité marginale. La République Démocratique du Congo possède l’un des plus grands potentiels halieutiques d’Afrique, mais ce trésor demeure sous‑exploité. 

Image après l'introduction
Les rivières de la Tshuapa et de la Maringa s’étendent majestueusement, mais elles restent étonnamment calmes. On y observe rarement des filets de pêcheurs, et le mouvement principal est celui des traversées des populations d’une rive à l’autre. Ces cours d’eau, pourtant riches en potentiel halieutique, semblent désertés par une activité qui pourrait transformer la vie des communautés locales.  

Des techniques de pêche rudimentaires
La pêche, lorsqu’elle est pratiquée, se limite souvent à des méthodes rudimentaires : la pêche à la moustiquaire qui capture de minuscules fretins, la pêche par barrage qui fatigue les habitants sans rendement durable, ou encore la pêche à la machette. À cela s’ajoutent quelques pratiques au hameçon et avec des filets, mais elles restent marginales et insuffisamment développées. Ces techniques, loin d’exploiter la richesse des rivières, traduisent un manque de formation et d’accès à du matériel performant.  

Le potentiel halieutique de la RD Congo
Pourtant, le potentiel est immense. En RDC, nos cours d’eau sont parmi les plus vastes et les plus poissonneux du continent. Si nous investissions dans des techniques modernes et durables, nous pourrions non seulement améliorer l’alimentation des populations congolaises, mais aussi réduire notre dépendance aux importations de poisson. Mieux encore, nous pourrions devenir exportateurs, transformant nos rivières en véritables moteurs de développement économique.  
Relancer la pêche durable, c’est redonner vie aux fleuves et aux communautés. C’est offrir aux familles plus qu’un repas de fretins attrapés à la moustiquaire : c’est leur donner accès à une alimentation variée, nutritive et à des revenus stables. C’est aussi préserver les ressources halieutiques pour les générations futures.  

Voix des pêcheurs : entre héritage et désir de changement  
Au cœur des villages riverains, les voix des pêcheurs traduisent deux réalités contrastées. Certains rêvent d’un avenir différent, où la pêche durable leur offrirait des revenus stables et une alimentation variée.
« Moi je veux apprendre. Si on nous forme à la pêche durable et qu’on nous donne des filets adaptés, je sais que je pourrai nourrir ma famille autrement et même vendre plus. Avec de bons outils, la rivière peut devenir notre richesse » , témoigne Lokilo Anderson, pêcheur sur la rivière Maringa.
 D’autres, en revanche, restent attachés aux pratiques héritées de leurs parents, reproduisant ce qu’ils ont toujours vu sans jamais être exposés à l’innovation.
« Je ne fais que ce que j’ai vu mes parents faire. Nous avons toujours pêché avec la moustiquaire ou le barrage, je n’ai jamais été exposé à d’autres techniques. Pour moi, c’est la seule manière de prendre du poisson », Lokuli Isa,  pêcheur rencontré près de la rivière Tshuapa. 
 Ces témoignages révèlent à la fois la soif de changement et le poids des habitudes, et montrent combien l’accompagnement est essentiel pour transformer les rivières en véritables sources de vie.  
Les grandes rivières du Congo ne doivent plus rester silencieuses. Elles portent en elles une promesse : celle d’une prospérité partagée, d’une sécurité alimentaire renforcée et d’une place retrouvée sur les marchés régionaux et internationaux. Il est temps de transformer ce potentiel en réalité.  
Un fleuve qui nourrit durablement vaut plus qu’un filet improvisé.  
Rachel Emisave