Environnement

COULOIR VERT KIVU-KINSHASA : ENTRE AMBITION CLIMATIQUE ET PRESSION EXTRACTIVE

COULOIR VERT KIVU-KINSHASA : ENTRE AMBITION CLIMATIQUE ET PRESSION EXTRACTIVE
À l’approche de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies et de la Climate Week NYC, le débat sur l’avenir du Couloir Vert Kivu-Kinshasa revient au centre des préoccupations environnementales. Greenpeace Afrique et le Mouvement pour la Justice Climate (MJC) demandent au président Félix Tshisekedi de suspendre l’ouverture de nouveaux projets pétroliers, gaziers et miniers dans cet espace présenté comme l’une des grandes initiatives congolaises de conservation et de développement durable.

Image après l'introduction

Créé par le décret n°25/01 du 15 janvier 2025, le Couloir Vert Kivu-Kinshasa se veut un vaste dispositif conciliant conservation de la nature, développement durable et amélioration des conditions de vie des populations. Mais derrière cette ambition se dessine une équation complexe : comment préserver un espace à forte valeur écologique tout en maintenant la possibilité d’y développer des activités extractives ?

C’est précisément cette contradiction que Greenpeace Afrique et le MJC placent au cœur de leur interpellation. Dans une lettre ouverte adressée le 18 septembre au chef de l’État, les deux organisations appellent à l’instauration d’un moratoire sur les nouveaux projets pétroliers, gaziers et miniers au sein du Couloir Vert.

Selon l’analyse publiée par Greenpeace Afrique en juillet 2026, 12,3 millions d’hectares de permis miniers se superposeraient au périmètre du Couloir Vert, soit environ 23 % de sa superficie. L’organisation estime par ailleurs que 3,4 millions d’hectares d’aires protégées seraient exposés à cette pression. Le secteur pétrolier n’est pas en reste : Greenpeace affirme que 72 % du Couloir Vert seraient couverts par 28 blocs pétroliers.

Ces chiffres, avancés par l’organisation, soulèvent une question de fond : quelle place accorder à l’exploitation des ressources naturelles dans un territoire dont la vocation affichée est également la conservation ?

L’enjeu dépasse d’ailleurs la seule question des permis. Les organisations signataires alertent sur la présence, dans cet espace, de forêts primaires, de tourbières, de forêts communautaires ainsi que de territoires traditionnels occupés par les Peuples Autochtones et les communautés locales. Pour elles, l'expansion extractive pourrait accroître les risques pesant sur ces écosystèmes et sur les populations qui en dépendent.

« Le Couloir Vert ne peut pas porter une ambition de conservation tout en restant exposé à l’expansion de nouveaux projets extractifs », estime le professeur Georges Milumbu, Directeur Pays de Greenpeace Afrique en RDC. Selon lui, la protection du Couloir Vert constituerait également un moyen de donner une traduction nationale aux engagements climatiques et environnementaux défendus par la RDC sur la scène internationale.

LE DÉFI DE LA COHÉRENCE

Au-delà de la demande de moratoire, Greenpeace Afrique et le MJC plaident pour une exclusion des activités extractives des forêts primaires, des tourbières, des aires protégées, des terres communautaires et des territoires traditionnels des Peuples Autochtones et des communautés locales.

Ils réclament également une gouvernance qu’ils souhaitent plus inclusive, avec une participation effective des populations concernées, la reconnaissance de leurs droits fonciers ainsi que le respect du principe de consentement libre, préalable et éclairé.

Pour Toussaint Molenge, Coordonnateur régional forêts et biodiversité, l’objectif n’est pas de remettre en cause le Couloir Vert, mais de renforcer sa crédibilité.

La controverse met ainsi en évidence un défi majeur pour la RDC : concilier l’exploitation de ses ressources naturelles avec ses objectifs de conservation et ses engagements climatiques et de biodiversité.

À quelques jours des grands rendez-vous internationaux de septembre, la question prend une dimension particulière. La RDC revendique régulièrement son statut de « Pays-Solution » face aux crises climatique et environnementale. Pour Greenpeace Afrique et ses partenaires, cette ambition doit désormais être confrontée aux choix opérés à l’intérieur du pays.

Le Couloir Vert Kivu-Kinshasa apparaît donc comme un test grandeur nature. Entre protection des écosystèmes, droits des communautés et exploitation des ressources, son avenir pourrait contribuer à définir la manière dont la RDC entend traduire ses ambitions environnementales en décisions concrètes.

Rédaction Green Impact Média 

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