KINSHASA : À LA DÉCHARGE DE NGANDA, SCIENTIFIQUES ET GESTIONNAIRES MISENT SUR L’ÉCONOMIE CIRCULAIRE
Et si les déchets de Kinshasa devenaient une partie de la solution au problème d’insalubrité qui étouffe la capitale congolaise ? À la décharge de Nganda, une initiative portée par l’Œuvre pour le bien-être social (OPBS) attire l’attention du monde scientifique. En visite de découverte scientifique sur ce site, le professeur Mabu Masiala Bode, de la Faculté des sciences agronomiques et environnement de l’Université de Kinshasa (UNIKIN), a salué les efforts de l’organisation et proposé une collaboration visant à expérimenter la valorisation des déchets dans différentes filières.
Sur place, le constat du professeur est sans équivoque : derrière les déchets déposés quotidiennement se cache un potentiel encore largement inexploité. Contrairement à l’image habituelle des décharges, souvent perçues comme de simples lieux de dépôt, le site de Nganda présente une organisation axée sur le tri et l’identification des possibilités de valorisation des matières récupérées.
« Quand on dit décharge, dans le langage courant, on pense à un endroit où les gens viennent déposer les déchets et repartent. Mais ici, on se rend compte qu’il y a toute une équipe derrière, qui s’occupe du tri et cherche comment valoriser les déchets », a fait observer le professeur au cours de sa visite.
Pour ce scientifique, cette démarche constitue une piste intéressante dans la recherche de solutions adaptées aux défis de la gestion des déchets à Kinshasa.
Des déchets, plusieurs filières de valorisationAu-delà des matières plastiques, le professeur Mabu Masiala Bode insiste sur les possibilités offertes par les déchets ménagers biodégradables. Selon lui, ces matières peuvent notamment servir à produire du compost destiné à l’agriculture et au jardinage, à condition que les procédés de transformation et la qualité du produit final soient maîtrisés.
Les composts obtenus pourraient ainsi être adaptés aux besoins de différentes cultures et mis à la disposition des maraîchers ou des ménages souhaitant développer des jardins dans leurs parcelles.
Cette perspective ouvre la voie à une approche plus intégrée de la gestion des déchets : au lieu de considérer les matières récupérées comme des rebuts sans valeur, il s’agit de les orienter vers des circuits de transformation susceptibles de générer des produits utiles.
Le potentiel évoqué concerne également les autres catégories de déchets triés sur le site. Chaque catégorie pourrait faire l’objet d’une filière spécifique, avec des procédés de traitement et des débouchés à étudier selon les caractéristiques des matières récupérées.
L’Université et l’OPBS vers un modèle piloteL’un des principaux enjeux de cette visite réside dans la perspective d’une collaboration entre les gestionnaires de la décharge et les chercheurs de l’Université de Kinshasa.
Le professeur a indiqué avoir échangé avec les responsables de l’OPBS sur les possibilités de mettre en place un modèle pilote de valorisation des déchets. L’objectif serait d’expérimenter différentes filières, d’en évaluer les résultats et de déterminer les conditions nécessaires à leur développement.
Cette démarche pourrait permettre de rapprocher la recherche universitaire des réalités du terrain. Les connaissances scientifiques contribueraient à identifier les procédés appropriés, tandis que l’expérience de l’OPBS dans la gestion du site fournirait un cadre pratique pour les essais.
L’ambition affichée est de construire un modèle à la fois viable sur les plans environnemental, social et économique, avant d’envisager son extension à une plus grande échelle.
Il convient toutefois de souligner que cette perspective reste à concrétiser : la visite et les échanges constituent une première étape, mais la mise en œuvre d’un projet pilote nécessitera notamment un cadre de collaboration défini, des moyens techniques et financiers ainsi qu’un protocole d’expérimentation.
Une piste pour répondre au défi des déchets à KinshasaDans une ville confrontée à d’importants défis d’assainissement, la valorisation des déchets pourrait contribuer à réduire les quantités de matières abandonnées ou envoyées en décharge, tout en favorisant l’émergence d’activités économiques autour du recyclage et de la transformation.
Pour autant, cette approche ne saurait remplacer les autres maillons indispensables d’une gestion efficace des déchets : la collecte régulière, le tri à la source, le transport adapté, le traitement sécurisé et le contrôle des résidus qui ne peuvent être valorisés.
La production de compost, en particulier, devra s’accompagner de contrôles de qualité afin de vérifier son innocuité et son adéquation aux usages agricoles envisagés. De même, chaque filière devra démontrer sa faisabilité technique et sa rentabilité avant toute généralisation.
À Nganda, l’intérêt manifesté par le monde universitaire donne ainsi une nouvelle dimension aux efforts de l’OPBS. Le site pourrait devenir un terrain d’expérimentation pour une gestion plus rationnelle des déchets, fondée sur la science, l’économie circulaire et le développement durable.
Reste désormais à transformer cette volonté de collaboration en actions concrètes. Car, à Kinshasa, le véritable défi n’est plus seulement de débarrasser les rues des déchets, mais aussi de trouver les moyens de leur donner une seconde vie, sans compromettre la santé des populations ni la qualité de l’environnement.
Serge GATA, Green Impact Média
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