Environnement

De « Kinshasa ezo bonga » à « Kinshasa ezo bunda » : les limites d’un programme environnemental insuffisamment structuré

De « Kinshasa ezo bonga » à « Kinshasa ezo bunda » : les limites d’un programme environnemental insuffisamment structuré
Présenté devant l’Assemblée provinciale, le programme d’action du gouverneur de la ville-province de Kinshasa, Daniel Bumba, affiche l’ambition de faire de la capitale congolaise une ville moderne, propre et durable. Pourtant, à l’analyse de son volet environnemental, plusieurs insuffisances apparaissent quant à la clarté de la vision, à la précision des objectifs et à la définition des mécanismes de mise en œuvre.
Image après l'introduction
Alors que le slogan « Kinshasa ezo bonga » (« Kinshasa se développe ») est largement mis en avant, la réalité observée sur le terrain laisse plutôt entrevoir une ville confrontée à de multiples défis environnementaux, sanitaires et urbanistiques. Pour de nombreux observateurs, Kinshasa semble davantage « se battre pour survivre » qu’avancer vers un développement durable.

Un diagnostic sans véritable stratégie
Le programme identifie plusieurs problèmes environnementaux majeurs, notamment :
l’insalubrité généralisée ;
les érosions non maîtrisées ;
la déforestation et la disparition des espaces verts ;
la mauvaise gestion des eaux pluviales et des eaux usées ;
la pollution atmosphérique et les nuisances sonores ;
le faible niveau de sensibilisation de la population aux questions d’assainissement ;
la faible capacité opérationnelle des services urbains ;
l’abandon des mécanismes d’inspection en matière d’hygiène et d’assainissement.
Toutefois, cette énumération s’apparente davantage à un état des lieux qu’à une stratégie de développement durable. En effet, le développement durable repose sur trois dimensions indissociables : l’environnement, l’économie et le social. Or, le programme ne démontre pas clairement comment ces trois piliers seront articulés pour produire des résultats durables et mesurables.
Par ailleurs, les différents défis identifiés ne sont accompagnés ni d’objectifs chiffrés, ni d’indicateurs de performance, ni d’un calendrier précis d’exécution permettant d’évaluer les progrès attendus.
Gestion des déchets : une approche incomplète
La question de l’insalubrité constitue l’un des principaux défis de Kinshasa. Pourtant, le programme ne présente pas une politique cohérente de gestion intégrée des déchets.
S’il fait référence à certaines initiatives antérieures, il ne procède pas à une analyse des causes de leurs échecs ni des leçons apprises. De plus, les données avancées sur la production des déchets semblent s’appuyer sur des estimations anciennes qui mériteraient une actualisation afin de refléter la réalité démographique et urbaine actuelle de la capitale.
L’une des principales lacunes du programme réside également dans l’absence d’une stratégie d’éducation environnementale. Or, le changement des comportements constitue un élément fondamental de toute politique d’assainissement durable. Sans sensibilisation des citoyens, les investissements techniques risquent de produire des résultats limités.
Le programme reste également silencieux sur plusieurs aspects essentiels :
le tri des déchets à la source ;
les mécanismes de collecte ;
le transport des déchets ;
les infrastructures de traitement ;
les systèmes de valorisation et de recyclage ;
les sites de transfert et de disposition finale ;
les dispositifs de suivi et de contrôle.
Cette absence de planification détaillée soulève des interrogations quant à la conformité des actions envisagées avec les principes consacrés par la Loi n° 11/009 du 09 juillet 2011 portant principes fondamentaux relatifs à la protection de l’environnement, notamment en matière de prévention de la pollution, de gestion durable des déchets et de responsabilité environnementale.
Érosions : agir sur les causes plutôt que sur les conséquences
Concernant les érosions, le programme se limite principalement à identifier quelques sites affectés sans détailler les mesures structurelles envisagées pour prévenir leur apparition.
Une politique efficace devrait s’attaquer aux causes profondes du phénomène, notamment :
l’urbanisation anarchique ;
la destruction du couvert végétal ;
l’absence de systèmes de drainage performants ;
le non-respect des normes d’aménagement du territoire ;
l’occupation des zones à risque.
La lutte contre les érosions ne peut se limiter à des interventions ponctuelles sur les sites déjà dégradés. Elle doit s’inscrire dans une approche préventive et intégrée de gestion urbaine.
Pollution des eaux : un enjeu majeur sous-estimé
Le volet consacré à la gestion des eaux présente également plusieurs zones d’ombre. Certaines données citées ne sont accompagnées d’aucune référence scientifique permettant d’en vérifier la fiabilité.
Pourtant, la problématique de l’eau constitue un enjeu stratégique pour Kinshasa. La ville est traversée par une trentaine de rivières et bordée par le fleuve Congo. Ces cours d’eau reçoivent quotidiennement d’importantes quantités de déchets solides et liquides provenant des ménages, des marchés, des activités industrielles et des systèmes d’assainissement défaillants.
Cette pollution affecte non seulement les écosystèmes aquatiques locaux, mais contribue également à la dégradation du bassin du Congo, l’un des plus importants réservoirs d’eau douce au monde.
Face à cette situation, le programme ne précise pas les mécanismes envisagés pour :
réduire les rejets polluants ;
améliorer la gestion des eaux usées ;
restaurer les cours d’eau urbains ;
renforcer le contrôle environnemental ;
protéger les zones humides.
Ces enjeux sont pourtant encadrés par la Loi n° 15/026 du 31 décembre 2015 relative à l’eau, qui impose des obligations de protection et de gestion durable des ressources hydriques.
Pour une vision environnementale plus ambitieuse
Kinshasa fait face à des défis environnementaux d’une ampleur exceptionnelle. La croissance démographique rapide, l’urbanisation non maîtrisée, la faiblesse des infrastructures et les changements climatiques accentuent chaque année les vulnérabilités de la capitale.
Dans ce contexte, la ville a besoin d’une vision environnementale fondée sur des données actualisées, des objectifs mesurables, une gouvernance efficace et une participation active des citoyens.
Au-delà des slogans, les Kinois attendent des solutions concrètes : une gestion moderne des déchets, la protection des espaces verts, la restauration des cours d’eau, la prévention des érosions et l’amélioration durable du cadre de vie.
Sans une planification rigoureuse et une mise en œuvre cohérente des politiques publiques, le risque demeure de voir Kinshasa continuer à faire face aux mêmes difficultés, malgré les ambitions affichées par ses dirigeants.
Serge Gata
Journaliste environnemental et analyste des politiques publiques environnementales

Commentaires et likes

VENGA MIKE

Très instructif 👌
Kinshasa ezo bunda😹