Environnement

LA COALITION D'ONG APPELLE LA RDC À MAINTENIR LE MORATOIRE SUR LES NOUVELLES CONCESSIONS FORESTIÈRES INDUSTRIELLES

LA COALITION D'ONG APPELLE LA RDC À MAINTENIR LE MORATOIRE SUR LES NOUVELLES CONCESSIONS FORESTIÈRES INDUSTRIELLES
Kinshasa, 6 juillet 2026 – Près de 70 organisations de défense de l'environnement et des droits humains exhortent le gouvernement de la République démocratique du Congo à maintenir le moratoire sur l'attribution de nouvelles concessions forestières industrielles. Dans une lettre ouverte adressée à la Première ministre, cette coalition demande la suspension des démarches visant à lever cette mesure tant que les exigences juridiques et les réformes du secteur forestier et foncier ne seront pas pleinement remplies.

Image après l'introduction

Cette prise de position intervient alors que la RDC renforce son image de « pays solution » dans la lutte contre les changements climatiques et la préservation de la biodiversité. Les organisations estiment que les réformes actuellement engagées, notamment le projet du Couloir Vert Kivu-Kinshasa, la réforme foncière, la modernisation de la gouvernance forestière ainsi que les avancées dans la reconnaissance des droits des peuples autochtones et des communautés locales, constituent des acquis qu'il convient de consolider.

Selon la coalition, une levée anticipée du moratoire pourrait ouvrir à l'exploitation industrielle des dizaines de millions d'hectares de forêts du Bassin du Congo. Une telle décision présenterait, selon elle, des risques importants pour les écosystèmes, les communautés dépendantes des ressources forestières et la crédibilité internationale de la RDC en matière de protection du climat et de la biodiversité.

Pour Bonaventure Bondo, "une levée du moratoire sans mécanismes de gouvernance solides, de contrôle efficace et de suivi rigoureux favoriserait une expansion de l'exploitation forestière industrielle aux conséquences potentiellement lourdes pour les populations riveraines des forêts. Il souligne que la protection des forêts du Bassin du Congo demeure un enjeu majeur pour l'avenir environnemental de la région."

L'analyse technique accompagnant la lettre ouverte conclut que les conditions juridiques prévues pour la levée du moratoire ne sont toujours pas réunies. Le document relève également des insuffisances persistantes en matière de gouvernance forestière, des risques de conflits fonciers, ainsi que la faible contribution économique du modèle actuel d'exploitation forestière industrielle au développement national.

La coalition estime qu'au lieu d'étendre ce modèle extractif, la RDC dispose d'une opportunité pour renforcer la gouvernance de ses ressources forestières, sécuriser les droits fonciers des communautés locales, développer la foresterie communautaire et attirer davantage d'investissements orientés vers la conservation et le développement durable.

Le directeur exécutif de Rainforest Foundation UK, Joe Eisen, considère qu'une ouverture massive des forêts à l'exploitation industrielle compromettrait la crédibilité de la RDC en tant que « pays solution ». Il estime que les réformes engagées dans la gouvernance forestière et la reconnaissance des droits des communautés devraient être consolidées plutôt que remplacées par un modèle dont les retombées demeurent limitées pour les populations rurales.

Du côté des organisations congolaises, Blaise Mudodosi Muhigwa, coordonnateur national de l'ONG Actions pour la Promotion et la Protection des Peuples et Espèces Menacés, rappelle que " la majorité des concessions forestières existantes ont déjà été converties en concessions de conservation et qu'une part importante des autres concessions demeure inactive. Selon lui, cette situation soulève des interrogations sur les véritables bénéficiaires d'une éventuelle levée du moratoire."

À travers cette démarche, la coalition recommande au gouvernement congolais de suspendre les initiatives visant à lever le moratoire, d'achever les réformes relatives à la gouvernance forestière, à l'aménagement du territoire et aux droits des peuples autochtones, tout en renforçant les dispositifs de transparence, de contrôle et d'application de la loi dans le secteur forestier.

Les organisations invitent également les partenaires techniques et financiers de la RDC à poursuivre leur appui aux initiatives de gestion durable des forêts, à la conservation de la biodiversité, à la protection des droits humains ainsi qu'au développement économique des communautés locales.

En conclusion, les signataires réaffirment leur volonté de collaborer avec les autorités congolaises, les communautés locales, les peuples autochtones et les partenaires internationaux afin de préserver les forêts du Bassin du Congo et de promouvoir un modèle de développement fondé sur la bonne gouvernance, la justice climatique et la gestion durable des ressources naturelles.

La Rédaction 

Commentaires et likes

Aucun commentaire pour le moment.