Pour Rachel, habitante riveraine du lac Kivu, la dégradation de l’écosystème est aujourd’hui visible à travers l’accumulation des déchets ménagers et les constructions anarchiques qui empiètent sur le lac.
« Nous observons une dégradation du lac Kivu à travers les déchets ménagers qui impactent son écosystème. Les déchets flottants contribuent notamment à la dégradation des conditions nécessaires à la reproduction des poissons. La construction anarchique affecte également ce patrimoine naturel. Certaines personnes utilisent même le lac comme toilettes ou comme fosse septique, ce qui détruit directement l’environnement », déplore-t-elle.
La question de l’accès à l’eau potable constitue également une préoccupation majeure. Selon Rachel, l’insuffisance de l’eau dans la ville de Bukavu pousse certaines populations riveraines à se tourner vers le lac pour leurs besoins en eau, malgré son niveau de pollution.
Elle appelle ainsi les autorités à renforcer les politiques de gestion des déchets afin d’empêcher leur déversement dans le lac Kivu et à intensifier la sensibilisation des ménages sur les bonnes pratiques environnementales.
DES MENACES MULTIPLES SUR L’ÉCOSYSTÈMEPour Ghislain Bahame Francis, jeune activiste environnemental à Bukavu, le lac Kivu fait face à plusieurs menaces susceptibles d’affecter son équilibre écologique ainsi que les communautés qui en dépendent.
Parmi les principales pressions, il cite la pollution liée aux déchets plastiques et aux eaux usées, l’érosion et la sédimentation des cours d’eau, mais également les pollutions provenant des activités agricoles, industrielles et minières.
À ces problèmes s’ajoutent, selon lui, la surpêche, la dégradation des habitats aquatiques, les effets du changement climatique et l’urbanisation croissante autour du lac.
Pour cet activiste, la protection du lac Kivu ne relève donc pas exclusivement de la responsabilité des pouvoirs publics. Elle doit également passer par des changements de comportements au sein des communautés.
« La protection du lac commence par des gestes simples, notamment éviter de jeter les déchets dans les caniveaux, les rivières et directement dans le lac », insiste-t-il.
Il invite par ailleurs les jeunes et les organisations environnementales à renforcer leur engagement en faveur de la protection du patrimoine naturel, notamment des lacs et des rivières.
UNE RESPONSABILITÉ QUI DOIT ÊTRE PARTAGÉELa situation du lac Kivu illustre les défis auxquels sont confrontés de nombreux écosystèmes lacustres : croissance démographique, urbanisation, pollution, pression sur les ressources halieutiques et dégradation des bassins versants.
La Journée mondiale des lacs apparaît ainsi comme une occasion de rappeler que la préservation du lac Kivu nécessite une action concertée entre les autorités publiques, les communautés riveraines, les organisations environnementales, les chercheurs, les jeunes et l’ensemble des citoyens.
Au-delà des discours et des campagnes ponctuelles de sensibilisation, les acteurs plaident pour une gestion durable des déchets, une meilleure protection des rives, un contrôle de l’urbanisation et une implication accrue des communautés dans la gouvernance de cette ressource.
À Bukavu, préserver le lac Kivu n’est donc plus seulement une question environnementale : c’est aussi un enjeu de santé publique, de sécurité alimentaire et d’avenir pour les populations qui en dépendent.
Jean Iragi — Green Impact Média