Dans un pays qui abrite une biodiversité exceptionnelle: bonobos, okapis, gorilles, chimpanzés, éléphants de forêt, pangolins et une multitude d’autres espèces, les zoos pourraient constituer bien davantage que de simples espaces de loisirs. Ils pourraient devenir des laboratoires vivants de conservation, des centres d’éducation environnementale, des structures de recherche et, dans certains cas, des refuges pour des animaux qui ne peuvent plus être immédiatement réintroduits dans la nature.
ZOOS EN RDC : ENTRE ABANDON, SPOLIATION ET ESPOIR DE RENAISSANCE, QUELLE PLACE POUR LA CONSERVATION EX SITU ?
Mais entre cette ambition et la réalité congolaise, le fossé demeure considérable.
LE ZOO DE KINSHASA, SYMBOLE D’UN LONG DÉCLINLe Jardin zoologique de Kinshasa est probablement l'exemple le plus emblématique de cette contradiction. Pendant des années, le site a souffert du vieillissement de ses infrastructures, du manque de moyens, de difficultés d’entretien et de la pression exercée sur son espace.
La question de la spoliation et de la réduction de l’espace consacré au zoo ne doit surtout pas être considérée comme un simple problème foncier. Lorsqu’un établissement destiné à la conservation perd progressivement son espace, ce sont aussi ses capacités d’accueil, de reproduction, d’observation et d’éducation qui diminuent.
Autrement dit, spolier un espace zoologique n’est pas seulement prendre une parcelle : c’est réduire une infrastructure potentielle de conservation de la biodiversité.
Cette situation n’est cependant pas nouvelle. Des difficultés liées au vieillissement des installations et à la prise en charge des animaux étaient déjà documentées depuis plusieurs années.
UN ZOO MODERNE NE SE MESURE PAS AU NOMBRE DE CAGESLa réflexion doit néanmoins dépasser la simple construction de nouvelles cages.
Un zoo contemporain ne devrait pas être conçu comme une succession d'animaux exposés au public. Sa pertinence scientifique dépend notamment de la qualité des soins vétérinaires, de l'enrichissement comportemental, de la gestion génétique des populations captives, de la qualité des enclos, de la formation du personnel, de la traçabilité des animaux et de sa contribution effective à la conservation des espèces.
Il faut donc éviter un piège : imiter l'apparence d'un zoo international sans construire les capacités scientifiques et institutionnelles qui permettent à un tel établissement de fonctionner durablement.
Pour la RDC, l'objectif devrait être de développer un modèle adapté à ses réalités écologiques et économiques, tout en s'inspirant des bonnes pratiques internationales.
KINSHASA : UNE NOUVELLE PAGE EST EN TRAIN DE S’ÉCRIREUne évolution importante est toutefois à relever en 2026.
Après plusieurs décennies de dégradation, le Jardin zoologique de Kinshasa est actuellement engagé dans un programme de réhabilitation porté par l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) avec l’appui de Vantara, une initiative indienne spécialisée dans le sauvetage et la conservation des animaux. Les travaux, amorcés à la mi-juin 2026, comprennent notamment la construction d'un bloc administratif et d'un hôpital vétérinaire, avant l'aménagement de nouveaux habitats.
L’ICCN indique également que les grands animaux ont été sécurisés dans d’autres installations, notamment au Parc de la N'Sele, pendant les travaux. L'institution affirme que les nouveaux habitats doivent répondre à des standards internationaux.
Cette réhabilitation représente donc une opportunité historique. Mais elle pose une question encore plus importante : comment garantir la pérennité du zoo après l'inauguration ?
Car construire un hôpital vétérinaire et de nouveaux enclos constitue seulement le début du processus.
LE VRAI DÉFI : FINANCER LE FONCTIONNEMENT, PAS SEULEMENT LES BÂTIMENTSUn établissement zoologique moderne coûte cher à faire fonctionner.
Il faut financer quotidiennement l'alimentation des animaux, les médicaments, les analyses vétérinaires, l'eau, l'électricité, la sécurité, l'entretien des enclos, la quarantaine, la gestion des déchets, les équipements scientifiques et la formation continue du personnel.
Le site du Jardin zoologique de Kinshasa faisait d'ailleurs état de besoins très concrets : alimentation des animaux, équipements frigorifiques, alimentation électrique stable, matériel vétérinaire, entretien des installations et équipements destinés à l'éducation des élèves et étudiants.
Cela signifie que le financement ne peut pas être pensé comme une enveloppe ponctuelle destinée à inaugurer un ouvrage.
La RDC aurait intérêt à mettre en place un modèle économique pluriannuel, combinant financement public, partenariats scientifiques, mécénat, coopération internationale, recettes de billetterie, programmes éducatifs et éventuellement des fonds dédiés à la conservation.
ET SI LE ZOO DEVENAIT UNE ÉCOLE DE LA BIODIVERSITÉ CONGOLAISE ?La véritable révolution serait peut-être pédagogique.
Imagine-t-on un enfant de Kinshasa pouvant observer un bonobo tout en apprenant que cette espèce est exclusivement présente en RDC ? Un étudiant en biologie pouvant accéder à des données comportementales ? Un vétérinaire pouvant travailler sur la médecine de la faune sauvage ? Un chercheur pouvant étudier les parasites, la reproduction ou la génétique des espèces ?
C'est là que le zoo prendrait une autre dimension.
Le zoo ne devrait plus seulement montrer la biodiversité : il devrait apprendre à la comprendre et à la protéger.
Dans cette perspective, les établissements zoologiques congolais pourraient développer des partenariats structurés avec les universités, les écoles, les centres de recherche, les aires protégées et les organisations de conservation.
LA CONSERVATION EX SITU NE DOIT JAMAIS REMPLACER LA CONSERVATION DANS LA NATUREUne nuance scientifique demeure indispensable.
Un zoo, même parfaitement équipé, ne peut pas remplacer une forêt protégée.
La conservation ex situ — hors du milieu naturel peut servir de complément à la conservation in situ, notamment pour certaines populations menacées ou certains animaux nécessitant des soins spécialisés. Mais elle ne peut reproduire toute la complexité écologique d'un habitat naturel.
Le véritable objectif doit donc être de préserver les espèces dans leurs écosystèmes naturels, tout en utilisant les zoos et centres spécialisés lorsque la conservation hors milieu naturel est scientifiquement justifiée.
LE DÉFI CONGOLAIS : PROTÉGER LES MURS POUR PROTÉGER LA BIODIVERSITÉEn cette journée du 31 août, la question du Zoo de Kinshasa dépasse donc largement les frontières de son enceinte.
Elle interpelle la politique environnementale congolaise : quelle valeur accordons-nous réellement à nos infrastructures de conservation ?
Si le pays accepte qu'un espace zoologique soit progressivement amputé, dégradé ou détourné de sa vocation, il ne protège pas seulement moins bien ses animaux : il affaiblit aussi les lieux où les générations futures peuvent apprendre à connaître cette biodiversité.
La renaissance du Zoo de Kinshasa doit ainsi être accompagnée d'une politique claire de sécurisation foncière, de financement durable, de gouvernance transparente, de suivi scientifique et de bien-être animal.
La RDC n'a pas besoin de zoos simplement beaux. Elle a besoin de zoos utiles.
Des zoos capables de transformer un visiteur en citoyen conscient, un élève en futur scientifique, un animal sauvé en symbole de conservation et un espace urbain menacé en véritable patrimoine écologique.
Car, dans un pays où la nature constitue l'un des plus grands patrimoines nationaux, le zoo ne devrait pas être le lieu où la biodiversité vient mourir sous surveillance. Il devrait être l'un des lieux où la société apprend à empêcher sa disparition.
Serge GATA Green Impact
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