DE L’ESCLAVAGE À LA JUSTICE ENVIRONNEMENTALE : RÉPARER AUSSI LES TERRES ET LES ÉCOSYSTÈMES
Le Comité appelle les États à mettre en œuvre une justice réparatrice globale, combinant notamment indemnisation, restitution, réhabilitation, satisfaction et garanties de non-répétition. Cette approche ouvre également une réflexion sur la dimension environnementale des injustices historiques : lorsque des populations ont été exploitées, déplacées ou privées de leurs droits, leurs territoires et leurs ressources ont souvent été intégrés à des systèmes économiques fondés sur l’extraction et la production intensive.
Dans de nombreuses régions du monde, les héritages de ces systèmes historiques continuent de se manifester par des inégalités dans l'accès à la terre, aux ressources naturelles et à un environnement sain. Les populations d’ascendance africaine peuvent encore se retrouver davantage exposées à certaines formes de pollution, de dégradation des terres, de déforestation ou de perte de biodiversité. Ces réalités ne peuvent toutefois pas être automatiquement attribuées à l’esclavage : elles résultent aussi de dynamiques économiques, politiques et foncières beaucoup plus récentes.
La notion de justice réparatrice environnementale permet ainsi d’élargir le débat. Réparer ne signifierait pas uniquement verser des compensations financières aux victimes ou à leurs descendants. Cela pourrait également passer, selon les contextes, par la restauration des terres dégradées, la protection des écosystèmes, la reconnaissance des droits fonciers et culturels des communautés, la restitution de biens et de ressources, ainsi que leur participation effective aux décisions concernant leurs territoires.
Cette réflexion prend une résonance particulière en Afrique, continent dont les ressources naturelles ont été exploitées pendant des siècles dans des systèmes économiques largement structurés par la traite et la domination coloniale. Forêts, terres agricoles, ressources minières et autres richesses naturelles ont progressivement été intégrées à des circuits économiques dont les bénéfices et les coûts ont été distribués de manière profondément inégale.
Pour Green Impact, la question mérite donc d’être posée : peut-on parler de réparation historique sans s’interroger sur l’état des territoires et des écosystèmes qui ont supporté une partie du coût de ces systèmes d’exploitation ?
Le CERD souligne que le passage du temps ne devrait pas constituer un argument permettant de nier les injustices historiques ou de renoncer à des mesures de réparation et de responsabilisation. Dans une perspective environnementale, ce principe invite également à réfléchir aux moyens de restaurer les milieux dégradés et de réduire les inégalités environnementales héritées ou prolongées par les modèles de développement.
La réparation écologique ne saurait cependant être conçue comme une simple compensation financière. Elle devrait intégrer les réalités locales, les droits des communautés, la restauration des écosystèmes et la transmission de la mémoire historique. Elle pose également une question fondamentale : qui doit réparer, qui doit bénéficier de la réparation et quels dommages peuvent réellement être réparés ?
Le débat sur l’héritage de l’esclavage s’ouvre ainsi sur une dimension encore insuffisamment explorée : celle d’une justice qui ne concerne pas seulement les personnes, mais aussi les territoires et les conditions écologiques nécessaires à leur dignité et à leur avenir.
Rachel EMISAVE Green Impact Média
La gren impact nous sommes ensemble, et nous devons tout faire pour reconstruire l'ecco système détruit pendant des décennies.