Environnement

KINSHASA : QUAND LA BIBLE PARLE D’ASSAINISSEMENT, POURQUOI LA VILLE RESTE-T-ELLE SALE ?

KINSHASA : QUAND LA BIBLE PARLE D’ASSAINISSEMENT, POURQUOI LA VILLE RESTE-T-ELLE SALE ?
LA CHRONIQUE DE GREEN IMPACT MÉDIA

Et si l’assainissement n’était pas seulement une affaire de lois, de politiques publiques ou de sciences environnementales ? Et si, bien avant les concepts modernes d’hygiène, de gestion des déchets et de santé environnementale, des principes de salubrité avaient déjà été formulés dans les textes religieux ?

Image après l'introduction

Une question mérite d’être posée à Kinshasa, métropole majoritairement chrétienne : comment expliquer le contraste entre une population qui se réclame largement de la Bible et une ville confrontée à une insalubrité persistante ?

La question est d’autant plus intéressante que le livre du Deutéronome, dans l’Ancien Testament, contient une prescription particulièrement explicite concernant la gestion des excréments et la propreté du camp.


« TU AURAS UN COIN HORS DU CAMP »

Dans Deutéronome 23:13-14, Moïse transmet aux Israélites une instruction précise :

« Tu auras un endroit hors du camp, et c’est là, au dehors, que tu iras. Tu auras parmi tes armes une pelle, et lorsque tu iras dehors, tu feras un trou, et tu recouvriras tes excréments. » Le texte poursuit en donnant la raison de cette discipline :

« Car l’Éternel, ton Dieu, marche au milieu de ton camp … ton camp devra donc être saint, afin qu’il ne voie chez toi rien d’impur. » verset 14.

Dans son contexte historique et religieux, cette prescription concerne avant tout la sainteté du camp et la présence de Dieu au milieu du peuple. Mais elle comporte également une dimension concrète : les déjections humaines ne doivent pas être laissées à découvert dans l’espace de vie collectif.

Il serait donc anachronique de présenter ce passage comme un traité moderne de gestion des déchets. En revanche, il est parfaitement légitime d'y voir un ancien principe de discipline collective concernant l'élimination des déjections et la propreté du lieu de vie.

UNE PAROLE ANCIENNE FACE À UNE CRISE MODERNE

Des siècles plus tard, les sociétés disposent de connaissances scientifiques considérables sur les risques liés à l'insalubrité : contamination de l'eau, prolifération de certains vecteurs de maladies, pollution des sols et des cours d'eau, obstruction des systèmes de drainage et dégradation du cadre de vie.

Les États ont également adopté des lois et des réglementations relatives à l'hygiène publique, à l'assainissement et à la protection de l'environnement.

Sur ce point, la prescription biblique et les principes modernes d'assainissement ne sont pas nécessairement contradictoires. Ils appartiennent à des cadres différents, mais peuvent converger sur une idée fondamentale : les déchets et les déjections doivent être gérés de manière à préserver la salubrité du milieu de vie.

Mais alors, pourquoi Kinshasa peine-t-elle toujours à relever ce défi ?

UNE QUESTION QUI INTERPELLE AUSSI LES ÉGLISES

Kinshasa est une immense métropole où le christianisme occupe une place majeure dans la vie sociale. Les églises constituent des espaces importants d'éducation, de sensibilisation et de mobilisation communautaire.

Dès lors, une question mérite d'être posée, sans accusation ni généralisation : les messages de prédication accordent-ils suffisamment de place à la responsabilité du croyant envers son environnement ?

La foi chrétienne est fréquemment associée à la transformation de l'homme, à la discipline, à la responsabilité et au respect du prochain. Or, vivre dans un environnement propre ne relève pas uniquement du confort individuel : cela touche également la santé et la dignité de la communauté.

Le problème n'est donc pas simplement de savoir si les chrétiens connaissent Deutéronome 23:13-14. Il faut plutôt se demander : comment transformer les valeurs enseignées dans les lieux de culte en comportements quotidiens dans les rues, les quartiers, les marchés, les parcelles et les cours d'eau ?

UNE PRÉDICATION QUI SOULÈVE UNE QUESTION ENVIRONNEMENTALE

Cette réflexion trouve notamment son inspiration dans la prédication du pasteur Pitshou Kitoko, de la Mission Chrétienne Dans le Monde, lors de son enseignement du mercredi 2 septembre 2026 consacré à la « marche avec Dieu ».

Évoquant le passage de Deutéronome 23, le pasteur a insisté sur la discipline imposée aux enfants d'Israël concernant leurs déjections et leur environnement de vie, soulignant que Dieu avait donné des orientations pour maintenir la propreté du camp.

Cette lecture ouvre une perspective intéressante pour la société contemporaine : la responsabilité environnementale peut-elle devenir aussi un sujet de prédication et d'éducation dans les églises ?

L'ÉGLISE PEUT-ELLE PARTICIPER À LA TRANSFORMATION DE KINSHASA ?

L'éducation environnementale ne devrait pas être confinée aux écoles, aux administrations, aux ONG ou aux campagnes publiques.

Elle peut également trouver sa place dans les églises, les mosquées, les associations, les familles et les communautés, partout où se transmettent des valeurs et où se construisent les comportements.

Une prédication sur la foi pourrait ainsi rappeler que jeter un sachet plastique dans un caniveau, abandonner des déchets sur la voie publique ou transformer un cours d'eau en dépotoir n'est pas seulement un problème esthétique. Ce sont des comportements qui peuvent avoir des conséquences collectives.

La question fondamentale devient alors celle-ci : SI LA BIBLE ENSEIGNE LA DISCIPLINE, LA RESPONSABILITÉ ET LA PROPRETÉ DU LIEU DE VIE, POURQUOI CES VALEURS NE SE TRADUISENT-ELLES PAS TOUJOURS DANS LES COMPORTEMENTS ENVIRONNEMENTAUX ?

Il serait toutefois trop simple de rendre les seuls chrétiens responsables de l'insalubrité de Kinshasa. L'insalubrité urbaine est un phénomène multifactoriel, qui implique notamment les comportements individuels, les infrastructures d'assainissement, la collecte des déchets, l'organisation urbaine, les politiques publiques, le financement et l'application des règles.

Mais la responsabilité individuelle reste essentielle.

Et si, au-delà des campagnes ponctuelles de salubrité, Kinshasa lançait une véritable révolution culturelle de l'assainissement, mobilisant également les communautés religieuses ?

Car protéger son environnement peut être enseigné par la science, imposé par la loi et, pour les croyants, également présenté comme une responsabilité morale envers la communauté et la création.

La salubrité de Kinshasa ne dépendra pas uniquement de nouvelles lois. Elle dépendra aussi de la capacité de ses habitants à transformer les principes qu'ils professent en gestes quotidiens.

Rédaction Green Impact Média

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