Agro écologie

Éducation environnementale en RDC : comprendre pour changer, mieux protéger et impacter

Éducation environnementale en RDC : comprendre pour changer, mieux protéger et impacter
À Bongandanga, au cœur de la forêt Equatoriale, l’histoire de Jean‑Pierre Lifokou Okaiyoko illustre le pouvoir transformateur de l’éducation environnementale. Ancien opposant à la conservation, il incarne aujourd’hui un changement de regard qui impacte toute une communauté.
Image après l'introduction

À Bongandanga, dans le paysage forestier de Lomako Yokokala, la chasse faisait partie du quotidien. Comme beaucoup, Jean‑Pierre Lifokou Okaiyoko pensait que la forêt était une ressource inépuisable.

Tout change en 2012. Lors d’une séance de sensibilisation, une phrase le frappe : « Les animaux ne repoussent pas comme les cheveux. ». Cette idée simple révèle une réalité qu’il ignorait : les cycles de reproduction et les effets irréversibles de la surexploitation.

« Cette nuit‑là a marqué un tournant dans ma vie », confie‑t‑il. La forêt cesse d’être perçue comme un réservoir sans limite. Elle devient un patrimoine fragile à protéger.

L’éducation comme levier de transformation

Ce déclic devient un point de départ. Jean‑Pierre décide de se former et passe trois ans à étudier le développement rural à Mbandaka. Cette formation transforme sa vision : vivre de la nature sans la détruire est possible. Il abandonne progressivement la chasse pour adopter des pratiques durables. Plus qu’un changement d’activité, il s’agit d’un changement de mentalité.

De retour à Bongandanga, Jean‑Pierre se lance dans l’agriculture et l’élevage. Sur 1,5 hectare, il cultive du riz et du manioc et élève près de 100 poulets. Ce modèle améliore la sécurité alimentaire tout en réduisant la pression sur la faune sauvage.

Sa femme, Brigitte Ikela, résume cette évolution : « En quelques minutes, on peut attraper un poulet, alors que la chasse peut prendre des heures. » Pour Jean‑Pierre, l’enjeu est aussi intergénérationnel : « Je ne veux pas que mes enfants héritent d’une forêt vide. Je veux qu’ils héritent d’un modèle. »

Un impact qui dépasse l’individu

Son engagement ne s’arrête pas à sa famille. Jean‑Pierre mobilise sa communauté et fédère 60 membres,  majoritairement des femmes  autour d’une exploitation agricole collective de 10 hectares.

Riz, haricots, manioc, maïs : la diversification agricole permet de stabiliser les revenus et de réduire la dépendance à la chasse. Au‑delà des résultats économiques, c’est une nouvelle vision qui s’installe : « La terre ne manque pas. Ce qui manque souvent, c’est la vision. »

Son parcours inspire. « Je l’ai vu changer et réussir. Cela m’a convaincu », témoigne Darcus Lokilo. Et pour Nadine Lokuli : « Il nous a appris à vivre en harmonie avec la nature. » Ainsi, une transformation individuelle devient collective. L’éducation environnementale agit comme un catalyseur, diffusant de nouvelles pratiques et de nouveaux repères.

Comprendre pour protéger

L’histoire de Jean‑Pierre rappelle une vérité essentielle : on ne protège que ce que l’on comprend.Lorsque les communautés comprennent les cycles naturels; mesurent les impacts de leurs actions et adoptent des alternatives viables, elles deviennent pleinement actrices de la conservation.

L’éducation environnementale dépasse la simple transmission de connaissances. Elle transforme les perceptions et aligne les besoins humains avec les réalités écologiques.

Aujourd’hui, Jean‑Pierre est bien plus qu’un agriculteur. Il est un modèle et un acteur du changement. Son parcours montre que les comportements peuvent évoluer, des alternatives durables existent, et l’éducation en est le moteur.

Dans le bassin du Congo, cette dynamique est cruciale. Car parfois, changer un regard suffit à transformer toute une communauté.

RACHEL EMISAVE

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