En République démocratique du Congo, le café peut aussi raconter celle des forêts, des sols, du climat et des familles rurales qui cherchent à tirer un revenu durable de leur terre. À condition de ne pas opposer production agricole et protection de la nature.
CAFÉ CONGOLAIS : QUAND L’AGROFORESTERIE PEUT CONCILIER BIODIVERSITÉ, CLIMAT ET REVENUS DES PRODUCTEURS
C’est tout l’intérêt de l’agroforesterie : associer les caféiers à des arbres et à d’autres cultures dans un même paysage agricole. Cette approche peut contribuer à protéger les sols, maintenir certains services écosystémiques, diversifier les productions et améliorer la résilience des exploitations face aux aléas climatiques.
L’enjeu est particulièrement important pour le café, une culture sensible aux températures, aux précipitations, aux sécheresses, aux ravageurs et aux maladies. L’ONU souligne que les changements climatiques peuvent affecter à la fois les rendements, la qualité, les coûts de production et les revenus des producteurs. Elle cite notamment l’agroforesterie résiliente au climat, la conservation des sols et de l’eau, la diversification des cultures et la protection des forêts parmi les pistes d’adaptation.
LE CAFÉ : UNE ÉCONOMIE MONDIALE DERRIÈRE UNE SIMPLE TASSELes chiffres donnent la mesure du phénomène.
Selon la FAO, jusqu’à 25 millions d’agriculteurs et leurs familles dépendent du secteur du café pour leurs moyens de subsistance. Jusqu’à 80 % des plantations de café dans le monde seraient de petites exploitations. En 2024, la production mondiale a dépassé 11 millions de tonnes, tandis que la valeur des échanges mondiaux de café a dépassé 34 milliards de dollars.
Autrement dit, derrière chaque tasse se trouve une chaîne économique mondiale qui commence dans les champs.
Mais cette chaîne comporte une contradiction : ceux qui prennent une grande partie des risques — petits producteurs, travailleurs agricoles et communautés rurales — ne captent pas nécessairement la plus grande part de la valeur créée. L’ONU souligne justement les problèmes liés à l’instabilité des marchés, à l’augmentation des coûts et à la répartition inégale des revenus dans la filière.
ET LA RDC DANS TOUT ÇA ?Pour la RDC, le café représente une opportunité qui dépasse la simple augmentation des volumes produits.
Le profil d’investissement 2026 de la FAO consacré à la RDC identifie explicitement le cacao et le café comme deux filières du « Green Corridor », avec l’objectif notamment de réhabiliter des plantations abandonnées, développer la transformation locale et accéder à des marchés d’exportation à plus forte valeur ajoutée.
Pour le seul secteur du café, cette analyse présente un potentiel d’investissement de 273,27 millions de dollars, avec 11 491 bénéficiaires directs et 57 455 bénéficiaires indirects dans le scénario étudié par la FAO. Elle estime également un potentiel de réduction ou séquestration de 1,42 million de tonnes de CO₂ équivalent sur la durée du projet. Il s’agit toutefois de projections liées à un scénario d’investissement, et non de résultats déjà réalisés en RDC.
Cette nuance est essentielle.
Car planter des caféiers ne suffit pas à créer automatiquement une économie verte. Tout dépend du modèle de production, de l’accès aux marchés, de la transformation locale, des infrastructures, de la rémunération des producteurs et de la manière dont les nouvelles plantations sont développées.
PRODUIRE SANS DÉTRUIREL’agroforesterie offre ici une piste intéressante.
Dans un système bien conçu, le café peut être cultivé sous couvert arboré ou associé à d’autres espèces. Les arbres peuvent contribuer à créer un microclimat, protéger les sols contre l’érosion, fournir de l’ombre et diversifier les ressources disponibles pour les exploitants.
Mais attention à ne pas transformer l’agroforesterie en formule magique.
Elle n’est efficace que lorsqu’elle est adaptée aux conditions locales : espèces utilisées, densité des arbres, pratiques agricoles, fertilité des sols, disponibilité de l’eau, accès au marché et connaissances des producteurs.
La FAO et l’ONU insistent d’ailleurs sur cette nécessité d’adapter les systèmes de production aux paysages et aux réalités des communautés. Une production de café mal planifiée peut, à l’inverse, contribuer à la déforestation, à l’érosion des sols, à la pollution de l’eau et au déclin de la biodiversité.
UNE TASSE DE CAFÉ, MAIS AUSSI UN CHOIX DE TERRITOIRELe véritable défi congolais n’est donc pas seulement de produire davantage de café.
Il est de savoir quel café produire, où le produire, avec quelles pratiques et au bénéfice de qui.
Un café cultivé dans un système agroforestier respectueux des écosystèmes, transformé davantage localement et correctement rémunéré peut contribuer simultanément aux revenus ruraux, à la résilience climatique et à la conservation des paysages.
C’est cette convergence qu’il faut rechercher : une agriculture qui crée de la valeur sans sacrifier le capital naturel dont elle dépend.
AUTRE REGARD DU 1er OCTOBRE : LA JOURNÉE MONDIALE DU VÉGÉTARISMELe 1er octobre marque également la Journée mondiale du végétarisme.
Il faut toutefois la distinguer de la Journée internationale du café : la première est une initiative de la North American Vegetarian Society, créée en 1977 et soutenue par l’International Vegetarian Union en 1978. Elle ne constitue pas une journée officielle proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies.
Cette journée ouvre néanmoins une réflexion intéressante sur notre alimentation et son empreinte environnementale. Elle invite notamment à s'interroger sur les liens entre alimentation, utilisation des terres, ressources naturelles, biodiversité et climat.
Mais là encore, la rigueur scientifique impose d’éviter les raccourcis : un régime végétarien n’est pas automatiquement durable, tout comme une agriculture dite « verte » n’est pas automatiquement bénéfique pour la biodiversité. L’impact dépend des aliments consommés, de leur mode de production, de leur origine, des pratiques agricoles et du contexte écologique.
LE MOT DE GREEN IMPACTCe 1er octobre, le café congolais nous rappelle finalement une évidence : la transition écologique ne doit pas être pensée contre l’économie rurale, mais avec elle.
La forêt peut être un patrimoine à protéger.
Le café peut être une source de revenus.
L’agroforesterie peut créer un pont entre les deux.
À condition que la recherche de rendement ne transforme pas les forêts en champs, et que la protection de la nature ne laisse pas les producteurs sans solution économique.
Le véritable café durable ne se mesure donc pas seulement à la qualité de ses grains. Il se mesure aussi à la santé du sol, à la préservation des arbres, à la résilience du territoire et à la capacité du producteur à vivre dignement de son travail.
Rédaction Green Impact Média
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